Force Républicaine

Réforme pénale : Vous avez aimé les mesures de Christiane Taubira ? Vous adorerez celles d’Emmanuel Macron. 

« C’est tout sauf le laxisme » a déclaré mardi dernier Emmanuel Macron à propos de la « refondation » pénale qu’il a présenté. Qu’on nous permette d’en douter. Car en fait de refondation, c’est plutôt d’une reconduction du laissez aller pénal dont il s’agit. En effet, le Président de la République s’enorgueillit de vouloir « redonner du sens » à la peine. Fort bien. Mais quel sens donner à cette dernière quand près de 100 000 condamnations ne sont pas exécutées ? Et ce ne sont pas les mesures annoncées qui vont permettre de résoudre les défaillances dans la chaine pénale. Tout simplement parce que bon nombre d’entre elles sont déjà existantes ! La conversion des peines de prison inférieures à un mois ? La possibilité existe déjà, ces peines étant toujours converties, sauf en cas de flagrant délit. L’aménagement à l’audience des peines inférieures à 6 mois ? C’est toujours le cas quand le prévenu est présent à l’audience sauf que la plupart du temps, il ne l’est pas. Le port d’un bracelet électronique ou le prononcé d’un TIG comme peine principale, là encore, c’est déjà possible !

De deux choses l’une : soit Emmanuel Macron ignore les réalités de la justice et du travail des juges, ce qui parait difficile à croire ; soit cette opération de « refondation pénale » n’est qu’une opération électorale visant à colmater les brèches, non pas dans notre système judiciaire, mais au sein de la majorité présidentielle où les premières fissures se font jour, notamment sur le projet de loi asile et immigration. Car ce discours relativisant l’intérêt et l’effet de l’incarcération n’est-il pas d’abord destiné à rassurer cette gauche hier hollandienne et aujourd’hui macronienne qui goûte peu la (fausse) fermeté du Président de la République sur les questions migratoires ? Valls le lundi, Taubira le mardi : toujours l’« en même temps »… La sécurité des Français vaut mieux que cette politique attrape tout qui ne règle rien.

Pour autant, nous ne devons pas céder à notre tour à cette approche politicienne par une opposition pavlovienne, notamment sur cette question de l’incarcération. Que voulons-nous ? Plus de prisons ? Oui puisque nous estimons que la réponse aux difficultés d’incarcération ne peut être de moins punir les délinquants mais de construire plus d’établissements. Car cette idée d’une incarcération excessive en France est totalement fausse : avec 98,3 détenus pour 100.000 habitants en 2015, notre pays est très en deçà de la moyenne européenne qui s’élève à 133,8. Par ailleurs, l’argument selon lequel la prison générerait la récidive est trompeur : les magistrats s’étant saisis depuis longtemps des possibilités d’alternatives à la détention, celle-ci n’arrive que lorsque le délinquant les a déjà épuisées. Il est alors logique, puisqu’il s’agit de délinquants avérés, que le taux de récidive soit plus important chez ces individus ! Autrement dit, ce n’est pas la prison qui crée la récidive mais la récidive qui crée la prison. Par ailleurs, créer de nouvelles places est une nécessité non pas seulement sécuritaire mais humanitaire compte tenu de l’état de délabrement de beaucoup d’établissements. Une réalité sur laquelle les belles âmes du politiquement correct jettent un voile d’hypocrisie, abandonnant détenus et gardiens à un sort indigne. Emmanuel Macron semble malheureusement s’inscrire dans cette dérive : alors qu’il avait promis 15000 nouvelles places de prison d’ici 2022, il n’en « espère » plus que 10000 d’ici la fin du quinquennat.

Il nous faut plus de prisons donc, mais pas n’importe lesquelles, pas n’importe comment. Elever des murs ne suffira pas si la République ne se préoccupe pas ou peu de ce qui se passe derrière. Il faut adapter les lieux de détention à la personnalité des détenus en allégeant les conditions de surveillance pour certains, en les renforçant pour d’autres, mais également en mettant le travail au cœur du projet d’exécution de peines. L’emprisonnement, qui coûte 150 000 euros par an et par détenu, doit avoir une utilité pour la société comme pour la personne incarcérée. L’obligation de travailler ou de se former existe dans la plupart des pays européens. Elle doit être réintroduite en France. Par ailleurs, il est urgent de donner aux surveillants de vrais moyens pour empêcher la violence, l’entrée de drogues, de téléphones ou d’armes dans les prisons, sans oublier la propagation du virus islamiste. De même, ayons le courage de dire les choses : un tiers des détenus sont des étrangers, soit près de 23 000 personnes. Que ces individus soient expulsés, notamment pour purger leurs peines dans leur pays nous apparait comme une mesure de cohérence mais aussi d’efficience afin de libérer des places dont nous manquons cruellement. Enfin, l’attractivité des métiers dans l’administration pénitentiaire doit être développée. Sur 900 postes proposés en moyenne chaque année seulement 600 postes sont pourvus du fait des conditions de travail, de rémunérations et des difficultés de logement. Ce point est essentiel car ce n’est pas tant la construction d’établissements pénitentiaires qui est difficile à réaliser mais de trouver des agents pour les faire fonctionner efficacement et dignement.

Alors pour ou contre la prison ? Nous voyons bien que la vraie question n’est pas là : des alternatives existent déjà, magistrats et syndicats l’ont rappelé. Que sur certains délits, ces dernières puissent être intelligemment et efficacement développées, pourquoi pas, notamment en matière de sécurité routière. Mais le véritable enjeu est de garantir l’effectivité de la peine, pour protéger la société de ceux qui enfreignent ses lois. Et cette protection passe par la prison qui ne doit pas devenir le dernier recours qu’il faudrait par principe repousser, mais la sanction à infliger lorsque les magistrats estiment qu’elle est juste et justifiée. En donnant le sentiment que ce qu’il convient absolument éviter, c’est la prison et non pas le délit ou le crime, Emmanuel Macron ne fait que poursuivre cette politique de désarmement pénal mené par les précédents gouvernements auxquels il a participé. Lui qui avait promis de tout changer, le voilà pris en flagrant délit de laxisme, la main dans le sac des vieilles solutions socialistes. Aux Français de juger, pour éviter la récidive.