Force Républicaine

Emmanuel Macron n’a pas été au rendez-vous de ses promesses !

Discours de Bruno RETAILLEAU AU CONGRÈS DE VERSAILLES

Retranscription (seul le prononcé fait foi)

Monsieur le président du Congrès,

Monsieur le président du Sénat,

Monsieur, le premier Ministre, Mesdames messieurs les Ministres,

Chers collègues

Un an après, nous voilà à nouveau ici à Versailles.

Le décor est immuable mais quelque chose a changé. L’ambiance en France a changé. L’élection d’Emmanuel Macron avait fait naître incontestablement un espoir chez les Français, mais depuis un an les Français sont passés de l’espoir au doute.

Et si les Français doutent désormais, c’est qu’ils n’ont rien oublié.

Ils n’ont pas oublié les promesses présidentielles, ils n’ont pas oublié cette impatience française qu’Emmanuel Macron avait alors diagnostiqué

Si les Français aujourd’hui doutent, c’est parce que le président de la République n’est pas au rendez-vous de ses promesses.

Qu’avait-il promis ? Deux choses : la transformation de la France mais aussi l’émancipation des Français. C’étaient ses mots et, Monsieur le premier Ministre, c’était votre feuille de route. Qu’en est-il ? Et bien vous avez confondu la transformation avec la communication, et au nom de l’émancipation des Français vous avez pris le risque de fragiliser

un peu plus les liens qui unissent les Français entre eux et qui les tiennent ensemble comme un peuple.

La transformation d’abord. Malgré la mélodie des discours habiles, y a t-il eu

transformation ? Il y a eu quelques avancées, mais de transformations

trop peu ! Comme hier, la France est championne pour la dépense publique, pour les prélèvements obligatoires. Comme on dit dans le Tour de France, nous sommes en queue de peloton, 28e sur 28 en Europe ! Comme hier, vous avez négligé le déclassement de la compétitivité française. Bien sûr, vous avez consenti un petit vent de liberté à nos entreprises, mais vous allez réussir ce tour de force de les transformer en collecteurs d’impôts grâce à cette tocade technocratique qu’est le prélèvement à la source.

Comme hier, vos initiatives fiscales ont été aussi désordonnées qu’injustes : d’un côté l’augmentation de la CSG, y compris pour les retraités les plus modestes et de l’autre côté la suppression de l’exit tax. Où est la justice sociale dont le Président nous a parlé ?

Et puis il y a le chantier européen: que sont devenues les belles promesses présidentielles ? Un budget de plusieurs centaines de milliards dans la zone euro, un ministre des finances, un parlement de la zone euro, des listes européennes transnationales … :  sur tous ces sujets, l’Europe a dit non !

Et, Monsieur le premier Ministre, je n’accepte pas que le président de la République réduise le choix européen entre, d’un côté le camp des progressistes, et de l’autre côté, le camp des nationalistes !

Les Français, les Européens veulent une autre Europe, une Europe qui les protège des chocs migratoires, qui protège aussi leurs propres emplois. Ils ne veulent plus d’une Europe qui soit un meccano institutionnel fédéral; ils veulent une Europe qui porte enfin le projet d’une grande civilisation qu’est la civilisation européenne.

Oui, le Président a parlé de la question existentielle qui taraude tous les peuples, et notre peuple français. Il a parlé des peurs civilisationnelles. Les faites-vous reculer? Et bien non! Parce qu’au prétexte d’émanciper les

Français vous prenez encore une fois le risque de distendre les liens qui les unissent.

D’abord le lien entre les générations à travers les attaques répétées contre la

politique familiale; en opposant les actifs d’un côté, aux retraités qui ne travaillent plus, de l’autre. Comme s’il y avait une génération de privilégiés !

Le lien avec les territoires ensuite, les petites patries charnelles dont parlait Péguy, ces petites républiques affectives dont aurait pu parler Gérard Larcher. Oui ce lien vous le fragilisez puisque vous le déliez en voulant lier les mains des collectivités territoriales. Tout n’est que recentralisation parisienne. Les compétences comme l’apprentissage, recentralisation ! La politique budgétaire et fiscale, recentralisation ! La politique du logement, recentralisation ! Et vous proposez une révision constitutionnelle qui affaiblira la représentation de notre territoire alors que ces territoires ont perdu leurs instituteurs, leur commerçants, leurs facteurs ! Monsieur le Premier Ministre, depuis 50 ans jamais les maires n’ont été autant au bord du désespoir. Entendez-les parce que ce sont eux qui constituent la trame civique de la République Française.

Le troisième lien, le plus précieux parce que le plus sacré, c’est le lien civique qui tient entre eux nos concitoyens.  Je n’ai aucune opposition, et nous n’avons aucune, à ce que le président de la République construise un lien direct entre lui-même et chaque Français, mais à la condition qu’il ne cède pas aux vertiges de la verticalité, qu’il ne confonde pas la réaffirmation nécessaire de l’autorité de l’Etat avec l’exaltation dérisoire de la personnalité. En tout cas, ça n’est pas à Notre-Dame-Des-Landes que la loi de la République a triomphé !

En distendant ce lien, vous prenez le risque d’un glissement d’une république des citoyens vers une société des individus. Une société, comme l’a dit le président de la République, de consommateurs et de producteurs.

C’est un lien important mais Monsieur le premier Ministre, ce lien il faut y prendre garde parce qu’il est aujourd’hui blessé. Blessé par la morsure du djihadisme, blessé par la brûlure du communautarisme. Et si nous voulons lutter contre ce poison, il faut d’abord une parole publique claire. Mais où est la clarté quand en même temps il y a un an après le sommet de Hambourg le président de République dit que le terrorisme résulte du réchauffement climatique et lorsqu’il fait ce très beau discours en dénonçant l’hydre islamiste dans la cour des Invalides devant le cercueil du colonel Arnaud Beltrame. Où est la logique ? Cette clarté, où est-elle lorsque le président de la République au congrès américain fait l’éloge du multiculturalisme ou quand il repousse à nouveau aujourd’hui son grand discours sur la laïcité, sur l’organisation de l’islam ?

Et bien, je vous le dis au creux de ce silence, il y a un trouble.

Voilà la raison pour laquelle je disais au début de mon propos qu’en un an les Français sont passés de l’espoir au doute. Et dans un pays fracturé comme le nôtre, entre le doute et le désespoir, il n’y a qu’à pas.

Alors oui, le temps presse ! le temps est compté ! Mais le temps n’est jamais perdu, en tout cas quand on est Français, quand on croit à la France, alors on sait que jamais, il n’est trop tard.